Annonce en forme de catalogue

Annonce en forme de catalogue (ou l’inverse)

A l’occasion de l’organisation de la somptueuse exposition des 150, la direction du Chat noir, à l’issue d’un conseil d’administration serré mais néanmoins cordial, décida de nommer un archiviste, responsable de ses collections exceptionnelles. A charge pour ce mandaté de regrouper les merveilles chanoiresques. Muni de son ordre de mission, ce haut responsable a perquisitionné plusieurs musées, recherchant avec zèle et courage les reliques du Chat noir. Il a pu ainsi mettre la main sur des pièces rarissimes aux étiquettes souvent erronées, les directions successives des établissements municipaux ou nationaux ayant volontairement brouillé la provenance de ces artefacts prestigieux, dans le seul et unique but de se les accaparer (si vous voulez mon avis, c’est pas joli joli, cette manière de faire). Voici une première liste de ces pièces, convoitées par les plus grandes collections du monde entier, et dont nous présentons une sélection à l’exposition des 150. Restauré spécialement à cette occasion (Merci au bar Chez Mimile de Jouy-sur-Yvette pour sa générosité) cet ensemble n’est que l’ébauche d’un grand musée du Chat noir projeté et qui verra sa réalisation prochainement.

1 – Clou à deux têtes pour menuisier polygame. Ce très bel objet a été saisi par la maréchaussée le 14 mai 1893 dans l’appartement d’Alcide Fenouillard qui inventa aussi le marteau à deux coups pour maçon neurasthénique.

2 – Authentique dent de la mâchoire à Jean. Le parchemin dûment scellé et contresigné authentifiant cette pièce a été malheureusement perdu, mais des analyses scientifiques ont confirmé sa légitime provenance. Pendant de celle-ci, le célèbre « cheveu de la tête à Mathieu » a été détruit lors du blitz londonien de 1940.

3 – Scie musicale d’Erik Satie. Signée de la main de l’artiste. C’est sur cet instrument qu’Erik Satie composa la Gymnopédie n°1 au mouvement « lent et douloureux ». Cette scie passa ensuite entre les mains de Maurice Ravel qui s’en inspira pour sa magnifique « Pavane pour une infante défunte ». Une tradition, malheureusement invérifiable, indique que Serge Gainsbourg composa à l’aide de cet objet sa célèbre « javanaise ». Des rumeurs font remonter l’origine de l’instrument à Jean-Sébastien Bach.

4 – Vrais clous de la fausse croix du Christ, prélevés par le professeur Adrien Charançon en 1921 sur le chantier de fouille de la chapelle Saint-Gudule-des-Batignolles. « Ces pièces ont été forgées à la main avec du minerai de fer des célèbres mines de Bécon-les-bruyères. Elles portent la marque du célèbre ferronnier Raoul Gonzague Tricard, bien connu des chroniques pour son alcoolisme, sa propension à raconter tout et n’importe quoi et à dégoiser sur son voisinage ». A côté de cela il forgeait d’une manière admirable. Des pièces presque similaires provenant du même atelier sont conservées au musée de Chicago, au National muséum de Londres et dans une vitrine blindée du café “Chez Ginette et Dédé” de Pont-à-Mousson.

5 – Organe reproducteur de ragondin mâle. Offert au Chat noir par l’Institut Pasteur. Ce très bel animal est bien connu pour son sourire caractéristique – ses dents sont rouges ! – mais beaucoup ignorent que son membre viril atteint des proportions que la pudeur ne nous autorise pas à mentionner ici. Il en découle cette expression du Bas-Poitou : « Quand papa ragondin copule la ragondine stridule » allusion aux étonnant cris modulés par les couples au moment du coït. (Ancienne collection du musée de l’érotisme).

6 – Cornet a idées crépusculaires à utiliser uniquement les soirs de coucher de soleil bouleversants. L’usage précis de cet instrument étrange a été perdu. Plusieurs poètes renommés en auraient usé. Charles Baudelaire fut l’un d’eux. C’est en portant l’oreille gauche à ce cornet qu’il aurait trouvé l’inspiration pour L’homme et la mer. Baudelaire y compare l’homme à la mer. Occasion du voyage, promesse de l’anéantissement – si souvent recherché – la mer est un « miroir », où l’homme « contemple son âme ». 7 – Douille du siège de Paris découverte dans les fouilles de arènes de Lutèce en 1875. « Oh la belle douille » se serait écrié Victor Hugo en contemplant cet objet émouvant présenté pour la première fois au public lors du bal des petits lits blancs de 1880. (Anciennement conservée dans la collection du père Fouras,et appartenue ensuite à Ferdinand Lop et à Alice Sapritch, cette belle douille a été léguée au Chat noir par les ayant droits de la charcuterie de la rue des Abbesses « Au cochon rose »).

8 – Lanterne magique provenant du fiacre de Belphégor, authentifiée par l’expert Raphaël Désaleux, sous-préfet maritime du massif central. Cet objet apparaît dans le Chapitre 4, page 74 du roman éponyme d’Arthur Bernède, quand le héros, grisé par l’usage de substances alcoolisées de contrebande, crie à son complice : « Mais tu vas finir par l’allumer cette lanterne de m…. ! », ce dernier lui rétorquant cette célèbre réplique : «  C’est de la faute à Zezette, elle a mouillé les zallumettes !

9 – Broc a profondeur variable pour liquides visqueux pris à l’ennemi le 25 janvier 1870. Chacun sait combien les liquides visqueux sont difficiles à contenir. L’inventeur de ce broc très bien fait n’est pas connu, même de sa concierge. Une chose est sûre : ce n’était pas la moitié d’un imbécile. (Dépôt du Musée du Louvre, département des objets insolites). La direction du musée nous demande d’informer nos lecteurs qu’elle fait réaliser en ce moment un catalogue raisonné de ce type de broc. Si vous en possédez écrivez au journal, qui transmettra.

10 – Bouteille contenant de l’air du premier cabaret du Chat noir. Des analyses aux zigomètre à coulisse à réactions multiples ont permis de préciser que ce récipient d’époque contenait un air chargé de fumée de mauvais tabac et de relents d’une médiocre bière à deux sous, le bock. Un parfum aux odeurs musquées aurait été aussi décelé. Il était d’usage courant parmi les demi-mondaines des années 1890-1895. (Ancienne collection Rodolphe Salis et Pierre Tchernia).

11 – Maquette de la chaise d’Aristide Bruant. C’est une chaise de ce modèle qui aurait été oubliée lors du déménagement du cabaret du Chat noir du boulevard Rochechouart à la rue Victor Massé en 1885. Bruant l’aurait gardée malgré les protestations de Rodolphe Salis et l’aurait même présentée comme un trophée à sa clientèle. La présente maquette a été réalisée à ses heures perdues par Désiré Landru, amateur de femmes bien cuites. (Prêt du musée de la police municipale de Bécon les Bruyères).

Pour l’archiviste empêché, Rodolphe Trouilleux.

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