Bertram le Chat


L’histoire du cinéma a été marquée par de nombreux réalisateurs. Mais le plus original d’entre eux fut peut-être Bertram, un chat plein de vie trop tôt disparu. Voici donc, en guise d’hommage posthume, le récit de sa vie. Comme beaucoup de chats venus de province, Bertram débarqua à Paris le cœur rempli d’espoir. Ce fut à Montmartre qu’il posa ses valises et réalisa son premier court métrage : Le gang des aiguilles à tricoter. Ce film mettait en scène une bande de truands spécialisée dans le braquage de merceries. Hélas, le film fit chou blanc. Bertram trouva néanmoins réconfort auprès de Michel Gondry qui, passionné de tricot, assista à la projection. Ce dernier éclaira son visage d’un large sourire et offrit à Bertram, pour le consoler, un dé à coudre dédicacé. Ragaillardi, Bertram réalisa une comédie musicale qui bouscula les codes du genre. Mais l’œuvre, intégralement filmée en gros plan et d’une durée de 42h37 déconcerta. À la fin de la projection, un furieux tollé explosa dans la salle. Les spectateurs – du moins ce qu’il en restait – se jetèrent sur Bertram avec l’intention manifeste d’en faire un manteau de fourrure. Mais Bertram, félin agile, se faufila sous les sièges du cinéma et s’éclipsa en cinq sec. Être chat fut un handicap pour Bertram. La profession le dénigrait. Pourtant derrière ses moustaches d’albâtre se cachait un grand réalisateur. Seul Godard, à l’issue de la projection de son long métrage La théière hypocondriaque, reconnut son talent. Très vite, les deux cinéastes devinrent amis. Ils devinrent d’ailleurs si proches qu’ils passèrent ensemble tous leurs hivers à skier dans les Alpes. Un matin, après avoir brillamment obtenu sa 2e étoile, Godard conseilla à Bertram de réaliser un documentaire. Ni une ni deux, Bertram dégaina sa caméra et s’essaya au genre. Quelques semaines plus tard, le succès vint enfin. Son documentaire, L’histoire de la bouillotte à la préhistoire, jeta la lumière sur son œuvre. Par malheur, Bertram fut brutalement emporté par une attaque. Il fut inhumé aux côtés de Truffaut au cimetière Montmartre et des centaines d’admirateurs assistèrent aux funérailles. Agnès Varda, présente à la cérémonie, dit avec tristesse : « Dans les milieux artistiques, les animaux, surtout les chats, sont trop souvent méprisés. Enfant, j’ai vu mourir mon perroquet de chagrin parce qu’ aucun éditeur ne voulait publier ses poèmes. Tout cela doit changer. Vive Bertram, vive les chats ! »


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