Bibine Connection

Et voici revenu le temps des vendanges montmartroises, de leur folklore et de leur inévitable cortège de faces couperosées. Une tradition bien ancrée sur le sol de la butte, depuis des temps immémoriaux… des années trente, ce qui ne nous rajeunit pas mais qui ne va pas chercher bien loin non plus.

On connaît la blague : du terrain plus ou moins vague dévalant la pente longeant la rue des Saules, réservé jusque-là aux bêtises d’authentiques poulbots et aux pelotages plus ou moins insistants de leur aînés, est née la vigne de Montmartre, sur un air de rigolade, d’autant plus que fut plantée face au Nord, ce que, vous le reconnaîtrez, n’est pas la meilleure exposition pour le bon mûrissement des grappes.


Mais cette plantation des plus insolites a sauvé ce coin d’une épouvantable opération immobilière composée de plusieurs immeubles bien grands, bien moches, qui auraient inévitablement supprimé la vue que l’on peut admirer de la terrasse du musée de Montmartre.


De là est née la tradition des vignes de Montmartre, grâce au soutien de Pierre Labric, maire de la commune libre, Willette, Forain, l’inévitable Poulbot et Victor Perrot, l’érudit président de la société historique du Vieux Montmartre.


Dès 1934, eut lieu la première fête des vendanges, parrainée par Fernandel et Mistinguett. 1726 pieds de vigne = 2400 boutanches que beaucoup s’accordent à considérer comme de la piquette. Une belle étiquette et l’affaire est dans le sac, d’autant plus qu’en faisant l’acquisition de l’une de ces – demi – bouteilles, vous ferez œuvre de charité. Amen !


De bons sentiments mélangés au mauvais vin, du marketing, un évènement, excusez-moi du peu, qui est considéré comme le troisième au classement après Paris-Plage et la Nuit blanche, et voici une fois de plus le faux folklore bien utile à rameuter les touristes et à épater les parisiens désoeuvrés.


Tout cela complété par le défilé des ligues et des amicales vineuses et autres, et nous voilà plongés dans l’imagerie bon enfant d’un Montmartre festif, décadent et forcément rigolo.


Et comment ne pas être fasciné par la commanderie du clos Montmartre et ses membres, vêtus somptueusement de robes de chambre bleues et rouges, tenue complétée par la médaille et le couvre-chef. Mais comme dit le comique du coin, ça ne fait de mal à personne – heureusement ! – et le ridicule ne tue pas.


Le tout se complète depuis quelques années par une belle foire commerciale aux stands loués à prix d’or à des artisans qui essayent de gagner leur vie, ce qui n’est pas honteux, forcément.


On aura compris que la fête des vendanges est avant toute chose une affaire promotionnelle et commerciale ou certaines et certains vont, une fois de plus, satisfaire leur égo. Rien ne change à Montmartre, mais le chant du tiroir-caisse y est de plus en plus insistant. Pour ce qui me concerne, vous me pardonnerez, j’ai le vin triste aujourd’hui.