De grands massacres

De grands massacres

Quelques rares documents nous renseignent sur une singulière coutume qui se déroulait autrefois à Paris : le grand massacre des chats. Certains prétendaient que les chats se rendaient, la veille de la Saint-Jean, à un grand sabbat général et que, pour conjurer cette réunion satanique, il était nécessaire de sacrifier le lendemain plusieurs raminagrobis. Cette explication n’est guère concluante et il est fort probable que les parisiens d’autrefois n’y voyaient qu’un amusement bon enfant. Le 21 juin, jour de la Saint-Jean, un grand bûcher était dressé sur la place de Grève (notre place de l’Hôtel-de-Ville). Autour d’un arbre central haut de dix-neuf mètres étaient disposés dix voies de grosses bûches, deux cents cotrets, cinq cents bourrées et vingt-cinq bottes de paille. Une tribune était dressée près du bûcher pour le roi et les notables. Quant à la foule, elle était contenue par des archers et des arbalétriers qui avaient fort à faire. Vers sept heures du soir, les trompettes sonnaient, et les musiciens de la grande bande donnaient un concert, puis venait le tour des salves d’artilleries et des feux d’artifice. Le roi s’emparait ensuite d’une torche de cire blanche pour, avant les échevins, allumer le grand brasier. Attaché à une corde s’enroulant autour d’une poulie, un grand panier, sac ou tonneau renfermant deux douzaines de félins était hissé au-dessus des flammes. Terrifiés, les chats tombaient de haut pour aller se consumer dans le feu, au grand plaisir des badauds réunis. Il n’est pas difficile d’imaginer l’infernale sarabande des chats au beau milieu du tintamarre des feux d’artifice et de la lumière dansante des flammes. Pour bien terminer cette cérémonie, un buffet était servi à l’Hôtel de Ville pour les notables qui pouvaient ainsi se régaler de dragées, fruits confits, crèmes, pièces montées, etc. On prétend que cette tradition fut respectée dès 1471 par Louis XI, mais il est impossible de savoir si des chats y étaient associés. Nous savons plus sûrement que, de 1571 à 1573, ce fut un commissaire de la ville, Lucas Pommereux, qui fournit les chats nécessaires à cet holocauste. Il y ajouta une fois un renard afin de donner plaisir à sa majesté Charles IX. Au contraire, en 1604, pour plaire au petit Louis XIII, qui avait un peu plus de trois ans, les chats furent épargnés. Dans un quatrain extrait du Miroir du contentement, publié à Paris en 1619, nous lisons : « Un chat qui, d’une course brève, Monta au feu Saint-Jean en Grève ; Mais le feu ne l’épargnant pas Le fit sauter le haut en bas. »

Cette fête se termina au moment de la Révolution, et les chats purent enfin traverser la place de Grève sans craindre les feux de joie des parisiens vengeurs.

Rodolphe Trouilleux

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