Étoile de mer

Ce que je vais vous raconter se serait passé un jeudi. C’est en tout cas ce que m’a dit un ami qui connaissait un ami à qui c’est arrivé. Je ne le connais pas ni, forcément, n’ai vécu cette histoire. Que les choses soient claires : je ne parle pas de moi. Cette histoire, donc qui est celle de quelqu’un d’autre, commence un jeudi. Cet ami d’un ami fréquentait depuis quelque temps une fille qui était carrément folle. Quand j’y pense, lui l’était peut-être aussi. Mais je n’en sais rien. Bref !

Ce soir-là donc, ce jeudi, ils s’étaient donné rendez-vous chez elle dans les beaux quartiers de la capitale. Lui était plutôt emballé, la rencontre avait été charmante, dans la rue. Il sortait du tabac quand elle garait son vélo. Il l’avait trouvé très belle et avait eu envie d’aller lui demander, par cette belle journée d’été, son numéro. Banco. Deux jours plus tard, rendez-vous était pris chez elle, ce jeudi. Quand il sonna à l’interphone, ce ne fut pas elle qui lui répondit mais un majordome avec un accent anglais impossible. Il lui indiqua comment rejoindre « les appartements de Madame ». Intrigué mais ébloui par le faste de l’hôtel particulier qu’il découvrait en suivant le bonhomme à l’accent impossible, cet ami d’un ami arriva enfin devant une grande double porte qu’on ouvrit pour lui. Il découvrit un salon où des boissons étaient servies. “Veuillez patienter, Madame arrive. ».

À peine le temps de grignoter quelques gâteaux bien bons et une limonade certainement maison, et Madame arriva, totalement nue, à l’exception de ses talons. Le parquet claqua à mesure qu’elle s’avançait sur lui. Elle s’arrêta un instant comme pour lui laisser le temps de l’admirer, elle se savait jolie. Satisfaite, elle l’enfourcha et, alors qu’il eut à peine le temps de déposer son verre, ils basculaient sur le canapé,et il se retrouva sur elle. La chaleur de cette soirée inondait la pièce et ajoutait à la fournaise qui naissait doucement. Et, quand elle fut certaine que les choses démarraient, elle écarta les bras et les jambes, telle une étoile de mer échouée. Il continua un instant mais se rendit vite compte qu’il allait devoir tout faire tout seul. Elle ne bougeait plus. Elle attendait que chose se fasse. Et la chaleur retomba d’un coup, son corps lui paraissait froid. Il se releva pour la voir en son entier et constata qu’elle attendait toujours, sans rien faire que d’être là. Cette vision l’horrifia. Faire à lui tout seul ce qu’à deux on a déjà du mal, c’était trop pour lui. Il attrapa la carafe d’eau, les glaçons qui finissaient d’y fondre s’entrechoquèrent et il la vida intégralement sur elle. Madame hurla pour se relever immédiatement. « Ce sera sans moi ! » dit-il alors qu’il n’avait pas remarqué le majordome qui était entré. Cette idée avait fini de le refroidir. Il était là, tout ce temps, derrière la porte. Surtout, il ne semblait pas étonné de la scène qu’il découvrait, ni même être gêné de la voir nue. Cette scène, il l’avait peut-être déjà vécue.Un frisson parcourut le dos de cet ami d’un ami et il courut dans l’appartement pour trouver la sortie. Je me rappelle aussi qu’il eut du mal à s’échapper tant les appartements de Madame étaient grands. Quand enfin il se retrouva dans la rue, dans les beaux quartiers qui cachaient avec faste les délires de celles et ceux qui y vivaient, il respira à pleins poumons. Chemise ouverte et pantalon défait, les rares passants le regardaient méchamment. Une mamie avec son chien minuscule fit même demi- sb tour et rentra chez elle en cachant les yeux de son précieux canidé. Quelques secondes plus tard, sirènes hurlantes, débarquaient ces messieurs de la maréchaussée. En garde à vue, cet ami a dû leur expliquer ce que jamais personne ne croirait.

Matou Noir.

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