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Que nous réserve l’avenir ? Voilà une question bien à propos qu’il est de bon ton de se poser en ce début de nouvelle année. Surtout que l’année révolue ne nous a pas épargnés, et que d’aucuns nous ont promis l’avènement du monde d’après. Ce monde nouveau et rutilant comme une Tesla, ce monde plus beau, plus efficace et plus propre que l’ancien. Pourtant, ceux qui, comme moi, sont nés dans le monde d’avant, le 20ème siècle, se souviendront sans doute avec nostalgie des rêves qui devaient se réaliser avec l’approche du nouveau millénaire ! Le temps heureux des téléphones à clapet, de l’Internet pour tous, de la France championne du monde de foot, l’époque où l’on pensait qu’on ne pourrait pas faire plus con que Georges W. Bush. L’an 2000 brillait dans nos yeux comme une enseigne de vendeur de bagnoles en périphérie urbaine. C’était le futur qui venait frapper à notre porte, avec son lot de technologies amerloques et ses promesses grandioses qu’on nous avait vendu dans les films de Spielberg. Faut croire qu’on s’est planté quelque part, qu’une légère anomalie testiculaire s’est subrepticement glissée dans le potage de nos ambitions. Je ne vais pas vous faire le catalogue des emmerdements qui nous sont tombés dessus depuis le début de ce nouveau millénaire, vous saurez en mesurer l’étendue par vous-même. Alors, bon. « Que nous réserve l’avenir ? » Sera-t-il aussi vert, prospère et bienveillant qu’on l’imagine ? Vivra-t-on dans une version moins pourrie de notre monde actuel ? Les vieux cesseront-ils de crever seuls dans les EHPAD ? Les migrants prendront-ils des cours de natation avant de traverser la méditerranée ? Mettra-t-on enfin des bacs de recyclage sur les aires d’autoroute pour les familles désireuses d’abandonner leur chien ? Hé bien je vous le dis, mes chers amis bipèdes, ne vous posez pas tant de questions, car pour vous qui ne jouissez pas de nos neufs vies félines, l’avenir ne sera pas bien long ! Vous finirez bien par y passer ! Mais peut-être, si vous souhaitez laisser autre chose à la postérité que vos selfies Instagram devant un plat de lasagnes véganes, peut-être pouvez-vous faire un geste pour que l’avenir retrouve un témoignage de votre insignifiante existence. Il serait, par exemple, de bon ton de veiller à envoyer une trace de vous dans le futur, tel un enfant jetant une bouteille dans l’océan. Vous pourriez, toujours à titre d’exemple, vous saisir de ce numéro du Chat Noir et, une fois votre lecture terminée, le rouler et le glisser dans un tube métallique, lequel serait placé dans un coffre, lui-même scellé dans une tonne de béton, le tout enfouis à quelques centaines de mètres de profondeur. Si vous faites cela, il y a fort à parier que dans… disons deux ou trois cent ans, un archéologue ne retrouve votre trésor ! Imaginez la joie que vous pourriez lui procurer à cet archéologue anonyme ! Imaginez-le, courant dans les couloirs de son laboratoire tout fier de lui, en brandissant sa découverte ! Imaginez quelles croustillantes trouvailles les scientifiques du futur feront en examinant les pages de cet archaïque objet, que nous appelons encore un journal ! Et puis, on ne sait jamais, ils pourraient y retrouver un peu de votre ADN, un petit bout de peau ou un de vos poils pubiens (pour celles et ceux d’entre vous qui lisez ce journal aux WC). Et là bingo ! Vous seriez cloné grâce à la formidable technologie du futur – enfin pour vous, car pour eux, les scientifiques du futur, ça sera surement une technologie tout à fait banale, voir même très répandue. On pourra par exemple cloner son gratin de macaroni, juste pour avoir le plaisir de se resservir, et même d’avoir des restes à faire réchauffer pour le lendemain. Mais je m’égare. En toute honnêteté, on ne vous clonera surement pas. Vous imaginez bien que dans deux ou trois cents ans, il y aura suffisamment de cons sur Terre pour ne pas en rajouter. Mais si ça peut vous consoler, le journal lui, deviendra surement la pièce maitresse des collections d’un musée prestigieux, attirant des foules de curieux ! Enfin, sauf si le musée est fermé pour cause d’épidémie.