Raoul Ponchon, Le poète gaillard




Petit – un mètre soixante-cinq – rondouillard, coiffé d’un petit chapeau mou et rond, voici Raoul Ponchon, ami pour la vie – et pour la mort – du flamboyant Jean Richepin avec qui, encore aujourd’hui, il partage une tombe – à défaut d’un verre – sous les embruns et les cris répétés des cormorans, à Pléneuf-val-André (Côtes-d’Armor).



Ponchon est le poète immortel du verre plein, de la bouteille vide, des moments lumineux de la boisson et aussi de ses fantasmagories.



C’est bien lui que Georges Redon a fait figurer au cabaret du Chat noir, dans la coulisse du théâtre d’ombres, jouant avec soin de la grosse caisse. Car il fréquenta le « Chat », quoi de plus normal ? Il livra aussi quelques « papiers » étranges publiés da


ns le journal éponyme, ancêtre de celui que vous avez entre les mains, dont, en 1883, « La revanche du guillotiné » grand feuilleton signé Ponchon… du Terrail !



A l’heure où j’écris ces lignes, peu de personnes, à part quelques amateurs, connaissent encore « La Ponche » qui ne vit publier de son vivant qu’un seul et excellent livre, La Muse au cabaret.

Pourtant, quand j’écris « Quand mon verre est vide, je le plains, quand il est plein, je le vide » ça ne vous



dit pas quelque chose, forcément !?


Mais qui était-il, le bougre ?

Raoul, né le 30 décembre 1848 à Napoléon-Vendée (la Roche-sur-Yon) – fils de Jean-Jacques, capitaine-trésorier au 46e régiment d’infanterie de ligne – ça vous classe un homme ! Un début de vie placé sous le signe de l’errance militaire… via Bourg-en-Bresse, Angoulême, Angers, Poitiers…

1866, Paris, enfin ! Et le temps des copains à l’institution Massin de la rue des Minimes : Jean Richepin, et les frères Riotor, dont Léon…


1870 : fini la rigolade : Ponchon fils est garde mobile, et l’année suivante papa décède.

Des petits boulots bien emm… La bohème c’est tout de même plus intéressant, il peint, il prend la plume qu’il ne lâchera jamais…

Drôle de pensionnaire, réticent à l’errance : l'hôtel du Périgord, rue Victor Cousin près de la Sorbonne,


pendant vingt-cinq ans, puis le 16 rue Cujas, à l'hôtel de Flandres (devenu « hôtel des Trois Collèges ») dans une chambre obscure sur cour qu’il ne quittera que les pieds devant, ou presque.


En attendant cette issue fatale – et tardive, heureusement pour lui ! – La Ponche prenait quotidiennement son petit déjeuner au café de Cluny. L'après-midi, il était accompagné de la fée verte nommée absinthe. Un unique repas dans un « bouillon » de la rue Racine et l’affaire était dans le sac.


Différentes expériences littéraires, préfacier du catalogue du salon de peinture « Poil et Plume », où il exposait, puis premier poème dans La Renaissance littéraire et artistique ; propriétaire-gérant de La Joute en 1872, aventure sans lendemain.

Il traînaille dans les salons, dont un fameux, celui de Nina de Villard où il peut rencontrer, excusez-moi du peu, Charles Cros – amant de la patronne et génie absolu – Catulle Mendès, Henri Rochefort, l’ami Richepin, Villiers de l'Isle-Adam, François Coppée, Paul Verlaine, Maurice Rollinat et… j’en passe !


En compagnie de Maurice Bouchor il fonde le groupe des Vivants prônant le vagabondage et la bohème. En 1886 c'est le début chaque samedi des Gazettes rimées dans Le Courrier Français du peu fréquentable Jules Roques, puis, en 1897, Le Journal de Fernand Xau qu’il quitta après le conflit de 1914-1918.


« Je suis un poète de troisième rang, je ne puis admettre que l’on me mette au premier », avait-il déclaré.

Pourtant peu argenté, il devint membre de l’Académie Goncourt... (couvert n°7). On parvint même à lui accrocher au revers la rosette de chevalier de la légion d’honneur !


L’homme, le poète, était reconnu par ses pairs, du moins certains…

1937 : descendant de son lit, un col du fémur lui fit la blague. A l’hôpital Saint-Joseph il tira sa révérence, le 3 décembre. La Ponche avait 88 ans.


La poésie de Ponchon est parfois un peu éventée, mais elle a le charme des liquides anciens puisés dans de vieux fûts.

Pour ceux qui voudraient explorer celle-ci, La muse vagabonde est disponible chez Grasset. Et pour les francs explorateurs de bibliothèque, ils y trouveront bien souvent quelques volumes, anthologies, mentionnant l’œuvre de ce sacré bonhomme.

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