TEXTE N°1 

« Une tache polychrome parmi la monotonie des façades boulevardières ; un nom écrit en lettres de saphirs sur champ de diamants aux mille feux : vu du dehors, c’est l’Olympia ». 

Hola Oller !

Catalan d’origine, Joseph Oller I Roca, accompagnant sa maman et son papa, arriva en 1841 à Paris à l’âge de deux ans. Il devait imprimer durablement sa marque à la capitale sous le nom raccourci de Joseph Oller. Une biographie manque pour conter la personnalité riche en rebondissements de cet homme de spectacle né, entrepreneur audacieux qui participa activement au rayonnement de Paris. L’Olympia et le Moulin rouge sont encore là pour en témoigner. Très jeune, Joseph fréquenta les établissements de spectacle tels le Bal Mabille ou le Moulin de la Galette. Curieux de tout, il fréquentait aussi les cafés littéraires. Il se passionna pour les courses de chevaux et créa le « Pari mutuel » en 1867 et un journal dédié, Le Bulletin des Courses, une aventure qu’il devait interrompre sept ans plus tard, ayant été accusé par les républicains d’être « une machination du Second Empire pour distraire l’attention générale des affaires publiques. » Cela ne l’empêcha pas d’acheter le café Le Baden et de le transformer en salle de spectacles les « Folies Oller » qu’il transformera en 1874 en « Théâtre des Nouveautés. » Se diversifiant toujours, il ouvrit en 1885 la « Grande Piscine Rochechouart », au 65 de la rue du même nom, établissement moderne, avec ses cinq cents cabines, gymnase, salle de sudation pour le repos et l’hydrothérapie. Malgré le peu de succès de cette formule, faute de baigneurs ou baigneuses motivés, il se reporta rue Saint Honoré, n°251, où il créa « Le nouveau Cirque. » Piscine au printemps et cirque en hiver, voilà la formule , ses fauteuils à bascules sont les premiers de ce type ! 1887 voit le retour du Pari mutuel. Joseph, créateur des hippodromes de Maisons-Laffitte et de Saint Germain en Laye reprend alors le chemin des courses. Il prend alors la grande décision d’installer sur un terrain du 28 boulevard des Capucines, le grand parc d’attractions des Montagnes russes et, poursuivant avec succès sa carrière, il choisit en 1889 de faire construire à Montmartre le Moulin Rouge à l’emplacement du Bal de la Reine Blanche. Il voulait en faire le plus grand, le plus beau des cabarets, un temple de la femme, de la danse et du Cancan et ses détracteurs étaient nombreux. N’écoutant personne, il ouvrit le Moulin rouge avant même que les travaux soient terminés, le 6 Octobre 1889 à 20 h 00 précise. La salle était comble et le pari gagné ! Il ne s’arrêta pas en si bon chemin. Reprenant temporairement le Bal Mabille, aux Champs Elysées, il créa ensuite le Jardin de Paris, tout près de là, un « parc de divertissement de grande classe pour clientèle extrêmement distinguée. » Bals, spectacles de cirque, poses plastiques, pantomimes, danses, quadrilles s’y enchainaient tandis que les visiteurs pouvaient se faire photographier, conservant ainsi un souvenir mémorable de leur soirée. Enfin, le 12 avril 1893, boulevard des Capucines, était inaugurée la magnifique salle de l’Olympia, construite par Léon Carle, architecte novateur, à l’emplacement des montagnes russes. La charpente était entièrement métallique. Les artistes Charles Toché, le peintre paysagiste Corneiller, Marcel Jambon et Robert Lué avaient créé un décor somptueux, digne d’un palais, pour la salle de spectacle, avec des toiles marouflées et des panneaux en faïence représentant les paysages anglais, très en vogue à l’époque, les girandoles étaient en cristal de Baccarat, un grand luxe ! Aujourd’hui ne subsiste de ce lieu que quelques documents épars, dont un supplément du grand quotidien Le Journal d’avril 1893 qui, publié à l’occasion de l’inauguration de l’Olympia, décrit ainsi : « Dès l’abord les trois grandes divisions de la nef apparaissent : un promenoir, une salle de spectacle, des galeries dont la balustrade, d’un joli dessin, coupe d’un large bandeau d’or ajouré la hauteur de l’édifice. Le promenoir-café est séparé par une grille à mi-corps de la salle de spectacle, dont le plancher descend en plan incliné jusqu’au pied de la scène, sous laquelle l’orchestre se trouve placé – tout comme à Bayreuth. Dans cette salle, les fauteuils sont confortables à la fois et pratiques, en ce sens qu’ils rendent aisées les allées et venues. Un rang de loges la borde de chaque côté, loges dans lesquelles tout aussi a été combiné en vue des aises du spectateur. Ajoutons qu’une entrée particulière, par le n° 10 de la rue Caumartin, permet aux familles l’accès des places réservées pour le spectacle sans qu’elles aient à prendre contact avec le public du promenoir. Une grille à mi-corps, avons-nous dit, sépare la salle de théâtre du promenoir. C’est dire assez que, de cette partie de la salle, tout en déambulant, on a la vue de la scène. Les galeries dessinant trois côtés de la nef, les deux grands côtés du parallélogramme sont occupés par les loges, tandis que le troisième, qui fait face au théâtre, est disposé en amphithéâtre pour des stalles. Derrière ces stalles, un couloir, qui s’étend jusqu’au balcon suspendu sur le boulevard. Les lustres aux lampes électriques qui éclairent cette nef semblent de gigantesques fleurs, issues des cabochons lumineux qui trouent le plafond peint par Jambon : c’est un vélum aux jolis tons passés, soutenu par des fers de lance, avec, de-ci, de-là, des échappées sur l’azur du ciel. Jambon, le maître décorateur, y a mis et toute sa science de la perspective et tout son art des draperies aux plis somptueux. Au-dessus est un plafond lumineux d’un bel effet des peintres vitriers si connus MM. Hubert et Martineau. De ces habiles artistes encore, on admirera, dans la salle, deux grands vitraux transparents reproduisant des affiches de Chéret, du Moulin-Rouge et du Jardin de Paris, et, dans le vestibule d’entrée, un vitrail qui reproduit une affiche de Toché. » Ce « music-hall » (désignation nouvelle à l’époque) comprenait une taverne et une salle de billard. Le décor de la salle souterraine subsistante date de cette époque. En 1930 la salle de spectacle a été transformée en cinéma et ce décor merveilleux, pas vraiment à la mode des années folles, a été détruit. Comme la salle de billard était une dépendance, on l’a négligée, c’est ce qui l’a sauvée. Elle a servi de débarras puis, au moment des travaux de démolition et de reconstruction de l’Olympia, a été entièrement démontée, remontée et restaurée. C’est aujourd’hui un véritable bijou disponible pour des soirées privées et des évènements. Quant à Joseph Oller, mort le 20 avril 1922 âgé de 82 ans, il repose maintenant au cimetière du Père Lachaise, au cœur d’un Paris qu’il adorait et qui doit tant à ce formidable aventurier du spectacle.

Rodolphe Trouilleux

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