Achbé dite la poétesse de Montmartre (1)

« Morosité : état lié à un manque de mots roses », Achbé, le 6 juin 2019, rue Paul Albert. Achbé (Claudie Baudry de son vrai nom) dite la poétesse de Montmartre, trace sur l’asphalte à coup de craie blanche, des mots qui nous font sourire, réfléchir, rire, et voir la vie en rose. Et cela tombe bien car le Chat Noir est tellement joyeux qu’il a décidé, ce mois-ci, de se vêtir de Rose. Lundi 26 avril 2021, j’ai rendez-vous avec l’artiste. La matinée est ensoleillée, pourtant, je suis d’humeur morose : je me suis levée du mauvais pied. De plus, la montée est raide pour arriver jusqu’à chez Achbé. À bout de souffle,je découvre, en arrivant devant chez elle, écrit sur son trottoir « Qu’est-ce que je suis belle dans le miroir de tes yeux. » Cette jolie phrase venait de faire ma journée. Quand la poétesse, qui sortait de chez elle au même moment, a vu mes yeux briller d’allégresse, elle m’a dit :« Voir les personnes réagir à mes petites phrases de cette façon : avec le sourire, le rire, la tendresse… m’emplit le cœur de joie et de bonheur. » C’est réciproque. Et cela fait maintenant plus de quatre ans qu’elle nous emplit, avec ses jeux de mots, intelligents, tendres et malins, le cœur de joie et de bonheur. Tout a commencé, rue Paul Albert dans le quartier de Montmartre, le 15 avril 2017, lorsqu’en observant les touristes peiner à grimper la côte qui mène au Sacré-Cœur, Claudie a la coquine idée d’écrire à la craie « Ça monte hein ? » Les éclats de rires, des passants, des ami (e)s et des résidents furent instantanés. « Ma rue par Achbé » était née. Depuis, elle ne sort jamais sans sa craie, ainsi elle pose ses mots dans sa rue mais aussi sur toutes les côtes, les plages, les marches, et les rues du monde entier « Enfin ça c’était avant ce satané virus. Maintenant on est tout de même un peu coincé. C’est difficile de voyager », me dit-elle tristement. Une fois son œuvre achevée, elle la photographie, toujours en noir et blanc, et la partage sur les réseaux, ce qui lui vaut d’être connue, aujourd’hui, jusqu’au fin fond du Texas. Lorsque je lui demande ce que lui inspire le rose, elle me répond « En premier lieu cela me fait penser à la chanson d’Edith Piaf « La vie en rose. » Mais pas que, car Achbé est également une artiste engagée qui se bat contre toutes formes de discriminations. « Cela me fait aussi penser à la segmentation des genres. Aujourd’hui encore, on continue d’habiller les garçons en bleu et les filles en rose, alors que tout ceci n’a plus lieu d’être. » Le Chat Noir partage son avis, car le rose sied merveilleusement à son beau pelage. « Puis le ciel, au coucher du soleil, se pare souvent de la couleur rose », ajoute-t-elle. Le ciel fut d’ailleurs un des thèmes de prédilection de son époux, le dessinateur Hervé Baudry, qui dans son dernier livre Histoires de drones, dessinait l’actu vue du ciel. Tristement, Hervé a rejoint les cieux, en 2016, un matin de juin : alors qu’il s’apprêtait à faire son footing, son cœur a cessé de battre sur le trottoir où Achbé pose, aujourd’hui ses jolis mots « Nous vois-tu de là-haut ? » écrit-elle à son mari. Son pseudonyme, Achbé, c’est également un clin d’œil à son époux « J’ai décidé d’écrire ses initiales en toute lettre, de façon à ce que cela forme un nom, et que ce soit un peu énigmatique. Comme le dessinateur de bande dessinée Hergé en somme », me confie-t-elle. Achbé a, malgré la pandémie, « Je vis très mal cette période, on ne peut plus se toucher ni s’embrasser » toujours pleins de projets dans la tête;un nouveau livre – en 2019 les éditions Gallimard ont publié ses œuvres MA RUE PAR ACHBÉ – une marque de vêtements lance une collection teintée des mots de l’artiste, des expos… Cela étant, en ce moment, ce qui lui tient vraiment à cœur: « Je souhaite organiser une exposition rétrospective des œuvres d’Hervé, d’ici la fin de l’année. » Eh bien Le Chat Noir est de tout cœur avec elle. En attendant, si vous voulez sourire, rire réfléchir et continuer de voir la vie en rose, avec les jolies phrases d’Achbé, venez donc vous promener dans le quartier de Montmartre et tout particulièrement rue Paul Albert, et si vous n’avez pas la chance d’être à Paris, vous la trouverez, sur Facebook et Instagram sous son vrai nom, Claudie Baudry.

Virginia Ennor

#JournalLeChatNoir

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